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Un marais gagné par l’assèchement

mercredi 4 mars 2009, par CDMP

L’étude comparative de l’évolution des sols entre 1973 et 1991 met en évidence le recul considérable des espaces de grand intérêt biologique qui ont fait la réputation de cette région.

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Cartographie d’après l’Etude de l’évolution des modes d’occupation des sols du marais poitevin et des marais charentais. SATEC Développement, 1991.

Sur les 60 000 hectares de prairies naturelles humides cartographiés en 1973, quelque 33 000 hectares avaient disparu en 1990, au profit des cultures céréalières [1].

Entre 1979 et 2000, les chiffres du recensement général agricole font état d’une évolution considérable des superficie de marais traitées en drainage souterrain (32 000 hectares recensés en 2000).

Une modification profonde de la gestion hydraulique

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Culture de maïs sur parcelle drainée

Cette évolution, fortement encouragée et directement financée par les pouvoirs publics (l’Etat, les Conseils Régionaux, les Conseils Généraux), a bien évidemment été accompagnée d’une modification profonde de la gestion hydraulique :

les travaux d’hydraulique agricole affectant les grands émissaires (la Sèvre Niortaise, le Lay, la Vendée) pour en augmenter le débit ont été multipliés ;

les nouvelles pratiques culturales ont imposé un rabattement général de la nappe phréatique, mettant directement en péril la conservation des espaces humides restants, gagnés à leur tour par l’assèchement.

De plus, les chiffres cités datent aujourd’hui considérablement. Ils mériteraient d’être mis à jour, puisque, malgré les innombrables déclarations d’intention qui se sont multipliées depuis 1991, cette évolution très négative s’est poursuivie.
Ainsi, la mise en œuvre de la nouvelle Politique agricole commune à partir de 1992, s’accompagnant de *mesures agro-environnementales visant à préserver les prairies naturelles, n’a pas empêché la mise en culture de plus de 3 000 ha de prairies entre 1992 et 1997.

Même si les financements publics ne sont plus tout à fait ce qu’ils étaient pour ce type d’opération, le montant des primes à la production accordées aux céréales, et particulièrement au maïs, encouragent largement de tels investissements.

L’explosion de la demande en eau

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Irrigation du maïs dans la plaine bordière du marais

Parallèlement, depuis le début des années 1980, un nouveau facteur est intervenu, aggravant le déficit hydrique estival qui caractérise la climatologie de la région.

Il s’agit du développement de l’irrigation des cultures en périphérie du marais, dans les plaines bordières, évolution là encore encouragée par les pouvoirs publics, et notoirement financée par l’Agence de Bassin.

Les prélèvements d’eau dans les aquifères sont aujourd’hui considérables : ils ont été évalués, par exemple, à 40 millions de mètres cubes/saison pour la seule partie vendéenne de la plaine.

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L’Autize, rivière asséchée

Pour le Marais Poitevin, les conséquences de ces énormes prélèvements sont désormais criantes. Fonctionnant en continuité entre plaine et marais, le système aquifère est entièrement dépendant de la pluviométrie, laquelle est généralement faible à très faible en été.

L’abaissement répété et prolongé du niveau des nappes produit systématiquement le tarissement de leurs résurgences, qui devraient normalement contribuer à l’alimentation des marais mouillés ;

On note un allongement des durées d’étiage des rivières : ainsi, alors que la Sèvre Niortaise connaissait dans les années 1970 une durée d’étiage total d’environ 26 jours par an (58 jours en 1976, année de référence par son déficit pluviométrique), cet étiage atteint et dépasse, depuis 1983, quelque 200 jours par an ;

Il se produit une inversion des flux naturels : les sources fonctionnent à l’envers, le marais en venant à se vidanger dans la nappe dès lors que l’aquifère lui devient inférieur en niveau ;

Des portions de plus en plus importantes de rivières sont mises en assec total et prolongé ainsi que le réseau secondaire et tertiaire des conches et fossés du marais ;

Il se produit un phénomène de salinisation des nappes, remontant de plus en plus vers l’amont, tandis que les taux des nitrates et des herbicides atteignent des niveaux très inquiétants.

Année après année, l’observation piézométrique des aquifères met en évidence, de plus en plus tôt en saison, la reconduction de leur surexploitation. Les protocoles de gestion privilégient la sauvegarde des productions végétales (le maïs toujours !) à celle des milieux aquatiques. La définition des “cotes d’alerte et d’arrêt” ignore ainsi superbement le seul véritable signal de mise en danger que représente le tarissement des résurgences.

S’ajoute à ce tableau la perspective d’une multiplication, sur l’ensemble du bassin versant, des barrages et des réservoirs, dont la réalisation est aidée par la collectivité. Par ce moyen, les agriculteurs irriguants entendent se ménager des ressources dans un contexte que la rareté de l’eau d’une part, et l’explosion de la demande d’irrigation d’autre part, rendent de plus en plus concurrentiel.

Un avenir bien compromis

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Les cultures de maïs ont remplacé les prairies

L’avenir du Marais Poitevin apparaît donc bien compromis.

Sa préservation suppose d’abord une remise en cause énergique de l’extension continuelle des cultures et du drainage, qui le minent toujours de l’intérieur, et qui tirent bénéfice de l’actuel système de financement de la Politique Agricole Commune.

De la même façon, les avantages accordés à l’irrigation, qui prive chaque année un peu plus, par l’amont, ce marais de ses sources naturelles d’alimentation en eau, doivent impérativement être reconsidérés.

Il est certain en tout cas qu’on ne peut continuer à traiter de la sorte la ressource en eau sans produire de multiples désordres dont les graves conséquences commencent à crever les yeux.

Notes

[1voir les chiffres de cette évolution, aux différents échelons (communes, départements, marais)