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La sécheresse : le révélateur des incohérences de la gestion de l’eau

mercredi 18 août 2010, par CDMP

La sécheresse : le révélateur des incohérences de la gestion de l’eau.

Communiqué de la Coordination pour la défense du Marais Poitevin et de la LPO - Délégation de la Vendée

Dès le début du mois de juin, le premier arrêté de restrictions des usages de l’eau était mis en œuvre dans le département de la Vendée, prouvant que l’administration préfectorale fait preuve de vigilance sur le sujet de la gestion estivale de la ressource en eau. Cet arrêté s’appliquait aux secteurs du nord-ouest du département et il était accompagné d’un communiqué invitant « les vendéennes et vendéens, les entreprises et les collectivités territoriales à faire preuve de civisme et à ne pas gaspiller l’eau … ». Puis, semaine après semaine, les restrictions ont été géographiquement étendues et durcies jusqu’à afficher rapidement (le 1er juillet) les premières « interdictions totales de prélèvements ».

Le 21 juillet, la limitation des usages non-prioritaires de l’eau potable (arrosage, …) était déclenchée ; alors que l’interdiction des prélèvements dans l’ensemble des cours d’eau – aux quelques exceptions près décrites dans ces arrêtés – était maintenue.

Simultanément, les assèchements des rivières se généralisaient exagérément, assecs confirmés par les relevés de l’ONEMA. Les bordures du Marais poitevin recommençaient à s’assécher aussi, comme pratiquement tous les ans depuis plus de 20 ans ; alors que les sources que les anciens avaient connues permanentes se tarissaient et que les voies d’eau s’écoulaient à l’envers : de l’aval vers l’amont.

Temporairement placés dans l’impossibilité de répondre aux missions pour laquelle la Réserve naturelle Michel Brosselin de Saint-Denis-du-Payré a été créée, ses nouveaux gestionnaires ont refusé toute réalimentation par pompage, et par voie de conséquence ils ont décidé de fermer la Réserve au public.
Inégalités de traitement

Et pourtant, chacun observait autour de lui, notamment en sud-Vendée, les irrigations agricoles se maintenir, parfois sans limitation apparente. Les témoignages offusqués remontent vers les associations, y compris dans le secteur dit des Autises pourtant supposé être protégé par un coûteux programme de retenues de substitution maintenant réalisé à plus des 2/3.

En réalité, et à quelques exceptions près, les interdictions ne s’appliquent qu’aux cours d’eau. Les nappes d’eau souterraines du sud-Vendée, où se concentre l’essentiel des volumes prélevés pour l’irrigation agricole, ne font l’objet à ce jour d’aucune mesure d’interdiction des prélèvements. Ces nappes ne sont affectées que par des restrictions partielles, dans un premier temps particulièrement peu efficaces compte tenu du mode de gestion particulier de ces zones. Ces restrictions s’expriment en % d’un quota géré à la quinzaine, et dont le volume total est supérieur à la consommation réelle moyenne. Les restrictions de premier niveau sont d’un ordre de grandeur correspondant à l’écart entre le volume attribué et celui réellement consommé. Un exploitant un tant soit peu prévoyant est donc peu ou pas pénalisé par ce premier niveau de restriction somme toute assez théorique.

Or, il existe une connexion directe entre les nappes phréatiques, les marais, les rivières et leurs sources. C’est pourquoi nous demandons depuis longtemps qu’à l’instar de ce qui existe sur le reste du grand bassin versant du Marais poitevin, les cours d’eau, les marais et les nappes soient gérées simultanément et en cohérence.
Conclusion

La nécessaire préoccupation concernant l’eau potable ne doit pas masquer qu’en cette mi-août, les rivières ont été vidées une fois de plus, et que les marais littoraux se sont à nouveau asséchés au point que leur biodiversité se banalise et qu’ils perdent leur fonctionnalité si essentielle. Cet état, qui ne s’explique pas uniquement par des considérations météorologiques, est dorénavant irréversible jusqu’au prochain hiver.

Le « hold-up » des irrigants sur les eaux souterraines du sud-Vendée étant acté par le Conseil général, celui-ci privilégie les eaux des barrages artificiels pour garantir l’essentiel de l’alimentation en eau potable du département. L’affectation de fait des eaux souterraines à l’irrigation agricole, et des eaux superficielles à l’alimentation en eau potable, fragilise le système et implique une vigilance renforcée sur la consommation.

La dramatisation chronique de la situation a une valeur pédagogique que l’on ne peut nier et à laquelle nous pourrions adhérer si elle n’était pas instrumentalisée pour justifier un nouveau barrage, dont l’on peut faire l’économie en repensant l’ensemble du dispositif.

L’eau est un bien commun. Il faut abandonner la vieille pratique de sa co-gestion avec la seule représentation du syndicat majoritaire agricole.

Laisser une petite catégorie d’usagers (les irrigants) s’approprier cette ressource, revient à considérer que les intérêts de la vie aquatique comme ceux de l’eau potable ne sont que subalternes.

Des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) suffisamment ambitieux sur ce thème sont essentiels pour garantir le long terme .

Une vraie concertation, équilibrée dans sa représentation, avant chaque période estivale est essentielle pour préparer la gestion de court terme , fondée sur la solidarité de tous les usages de l’eau à l’échelle de chaque bassin de rivière, au-delà des frontières administratives quand il le faut.


(1) Co-gestion concrétisée par un « protocole de gestion des nappes du sud-Vendée », qui a eu son intérêt à l’époque de sa mise en place, car alors plutôt novateur, mais qui ne répond plus aux enjeux aujourd’hui prioritaires.