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Les Marais mouillés des Autizes sont en voie d’assèchement

mercredi 19 juillet 2006, par CDMP

Les Marais mouillés des Autizes sont en voie d’assèchement

Une date à retenir en Sud-Vendée : le 14 juillet 2006 ! Après la transgression des fatidiques 2.50 m au piézomètre d’Oulmes, les Marais mouillés des Autizes sont en voie d’assèchement.

La gestion des nappes souterraines du Sud-Vendée, pour l’essentiel attribuées à l’usage agricole, est soumise à un « protocole » négocié et signé entre le Préfet, la Chambre d’Agriculture (1), le Conseil Général et la FDSEA. C’est ce document qui fixe les seuils en dessous desquels les prélèvements sont restreints ou interdits. Il est annexé à l’arrêté-cadre définissant les « mesures de limitation ou de suspension provisoires des usages de l’eau » pour l’ensemble du département.

• Un paramètre clé non respecté

Rappelons que le paramètre clé de la protection des milieux aquatiques et des marais mouillés n’est autre que le niveau auquel est fixé le seuil fatidique d’arrêt des prélèvements. Les autres seuils (qui déclenchent des « alertes » et des mesures partielles de restriction) ne sont que des outils de répartition du volume jugé « disponible », ayant en principe pour objectif ne pas atteindre le niveau d’arrêt.

On observera que la cote d’arrêt des prélèvements n’est en réalité jamais atteinte, tant elle est fixée à niveau excessivement bas ; et que bien sûr, les milieux aquatiques et les marais mouillés ne sont nullement protégés par le protocole de gestion, puisque celui-ci maintient la cote d’arrêt à un niveau très insuffisant.

Ainsi, le 14 juillet, le piézomètre de l’Autize descendait en dessous des 2.50 m .

L’an dernier, année que l’on ne devait plus revoir, cet évènement s’était produit entre le 7 et le 12 juillet : c’est donc à peine une semaine de gagné, alors que certains affirmaient que les réserves étaient bonnes dans la mesure où les nappes avaient été rechargées par les pluies du mois de mars…

Pour mémoire, ces 2.50 m sont une valeur critique admise, puisque c’est celle qui a été mise en avant pour justifier les énormes « bassines » actuellement en construction en bordure de la route entre Fontenay-le-Comte et Niort. En dessous de cette valeur, chacun reconnaît que non seulement le marais n’est plus alimenté, mais qu’il se produit une inversion des écoulements, conduisant à ce que ce soit le marais qui se vide dans les nappes, à l’inverse du fonctionnement en régime « non influencé » par l’irrigation.

La semaine dernière, conscients de l’état critique de la ressource, les services de la DDAF proposaient de maintenir les restrictions de prélèvement déjà mises en œuvre : abattement sur les volumes de 20% sur le secteur « Vendée », et de 30% sur le secteur « Autize ». Or, lors de la dernière cellule de vigilance sécheresse, après un discours des représentants de la FDSEA, de la Chambre d’Agriculture et des associations d’irrigants faisant assaut de « bonne volonté et d’esprit de responsabilité » , la décision du Préfet a été de ramener ces restrictions à respectivement 10 et 20%, pour les quinze jours où, maïs oblige, ont lieu les plus gros prélèvements estivaux !

• De deux objectifs, quel est celui qui doit être prioritaire ?

La lecture du protocole de gestion des nappes du Sud-Vendée fait apparaître que ses auteurs se sont fixés deux objectifs :

« ne pas descendre en dessous de niveaux piézométriques préjudiciables à la qualité de l’eau et à la sauvegarde des milieux aquatiques » ;
« faire en sorte que les besoins de l’irrigation soient satisfaits le plus longtemps possible » (2).

Il est manifeste que le premier objectif, conforme aux prescriptions de la loi sur l’eau, est pourtant systématiquement appelé à s’effacer devant le second ; c’est-à-dire que les décisions prises dans le cadre du protocole de gestion sont calibrées au seul bénéfice d’intérêts particuliers ; et que si ceux-ci sont ainsi mis au premier plan, c’est bel et bien aux dépens de l’intérêt général.

À l’heure de la mise en oeuvre de la Directive Cadre sur l’Eau, qui exige le retour au bon état des ressources en eau , il est grand temps que l’eau, bien commun s’il en est, ne soit plus co-gérée par un seul groupe de pression, d’autant plus que prétendant parler au nom de l’agriculture, celui-ci ne représente en réalité qu’une minorité au sein même des exploitants agricoles.


1. La Chambre d’Agriculture recevant d’ailleurs du Préfet un « mandat de gestion » de ce protocole.

2. Article 2.1 du protocole de gestion des nappes du Sud-Vendée.